Hubert Sagnières - A la recherche de la cascade de Bougainville
Carnet de voyage - Papouasie-Nouvelle-Guinée

A la recherche de la cascade de Bougainville

Le monde a beau avoir été cartographié dans tous les sens, il regorge d’endroits encore inconnus, mystérieux, légendaires ou… introuvables. Ces derniers apparaissent discrètement dans les récits historiques d’explorateurs partis affronter les océans pour planter un drapeau au bout du monde. L’un d’eux, celui de Bougainville, est tombé entre les mains d’Hubert Sagnières, où il est question d’une cascade merveilleuse en Nouvelle-Irlande.

– EXTRAIT –

Je suis assis sur un tronc d’arbre avec Bill, le chef du clan. Nous venons de retrouver la cascade. C’est l’heure du repos. Il se penche vers moi : « Hubert, bien sûr mes ancêtres étaient primitifs, mais ils n’étaient pas anthropophages ! Ils ne mangeaient pas les Blancs. Ils n’étaient pas cannibales. »

Je me tourne vers lui : « Lorsque mes ancêtres sont venus ici de France, il y a 250 ans, après une très longue traversée, ils étaient épuisés, malades, ils avaient faim et soif. Tes ancêtres les ont accueillis en amis, ils leur ont donné de l’eau, des poissons et des fruits. Ils les ont soignés. Mes ancêtres ont tout écrit dans leur journal. Tes ancêtres n’étaient pas cannibales, c’étaient des hommes accueillants et d’une grande gentillesse, et nous sommes aussi venus pour vous remercier. »

Le 6 juin 1768, Louis de Bougainville, commandant de La Boudeuse, croise au cap Saint-George la pointe sud de la Nouvelle-Irlande. La traversée du Pacifique a été difficile, notamment dans l’archipel des Traîtres. Il vient de cartographier l’île Choiseul (aux îles Salomon) et l’île Bougainville (en Papouasie). Il remonte au nord et découvre une baie très protégée qu’il nomme Port-Praslin, en l’honneur du ministre français de la Marine. Avec Blosseville, son second, ils explorent la forêt primaire au fond de la baie. « Nous avons tous été voir une cascade merveilleuse, qui fournissait les eaux du ruisseau du navire l’Étoile. L’art s’efforcerait en vain de produire dans les palais des rois ce que la nature a jeté dans un coin inhabité. Nous en admirâmes les groupes saillants, dont les gradations presque régulières précipitent et diversifient la chute des eaux. Nous suivions avec surprise tous ces massifs variés pour la figure et qui forment cent bassins inégaux, où sont reçues les nappes de cristal, colorées par des arbres immenses, dont quelques-uns ont le pied dans les bassins mêmes : cette cascade mériterait le plus grand peintre », écrit Louis-Antoine de Bougainville dans Voyage autour du monde. (…)

Nous aurons à établir un camp de base dans un des villages que nous voyons sur Google Earth. Mais comment les joindre ? Comment allons-nous être reçus ?

En préparant notre expédition d’une durée de cinq mois sur les traces des grands explorateurs français des XVIIIe et XIXe siècles, un de nos objectifs était de trouver cette cascade : la Cascade de Bougainville. À notre disposition : une carte, une illustration d’il y a deux cents ans, le « Spirit of St Exupery », notre Pilatus, et bien sûr, les journaux de bord et relations écrites des explorateurs français publiés dans mon livre Routes nouvelles, côtes inconnues.

Plus de six mois de préparation ont servi à trouver la bonne logistique, à identifier les lieux et à obtenir les autorisations des clans locaux, puisque la baie se trouve en territoire coutumier. Nous nous donnons quinze jours en Papouasie pour trouver la cascade. Nous avons aussi à gérer les autorisations administratives pour survoler les îles avec notre Pilatus. Notre plus gros défi sera d’obtenir suffisamment de carburant J et A, dans ce pays en pénurie de carburant aérien. Nous aurons à établir un camp de base dans un des villages que nous voyons sur Google Earth. Mais comment les joindre ? Comment allons-nous être reçus ?

Carnet de voyage d’Hubert Sagnières à découvrir dans Numéro 62