
Californie Baby
– EXTRAIT –
C’est la troisième fois que nous regardons les prévisions météo : demain, mardi 23 décembre, il fera beau sur toute la côte, mostly sunny de Santa Monica à Irvine, avec des températures maximales de 70 °Fahrenheit en journée, soit 21 °Celsius, et un vent léger. La nuit prochaine, on s’attend à 48 °F, nuageux en soirée et carrément couvert après minuit. Ce n’est pas que ça m’intéresse tellement, ni que ça ait beaucoup d’importance pour la suite de notre voyage, mais c’est tout ce que j’ai trouvé àcette heure-là de la nuit pour distraire mon fils : le bulletin météo, en boucle et sans le son, avec ses soleils qui s’affichent le long du littoral et un anticyclone qui se déplace tranquillement sur l’écran de télévision. Neuf heures de décalage horaire : il est trois heures du matin ici, à Los Angeles, et midi àParis. Autant dire que mon fils de 2 ans et demi qui se tortille entre son père et moi dans le lit king-sizeen grignotant des gâteaux (évidemment, il a faim) est carrément en pleine forme. Sa sœur et son frère aîné dorment dans le lit juste à côté. Couvre-lit beige, moquette beige, rideaux beiges, couloirs beiges. Par la fenêtre on aperçoit deux immenses affiches : les visages souriants de Barbie et Ken, frange blonde et lunettes de soleil, recouvrent plusieurs étages de l’immeuble d’en face. Bienvenue en Californie, baby.
Nous sommes arrivés la veille au soir. Pour notre première soirée à Los Angeles, j’ai eu l’idée formidable d’emmener toute la famille dans un des lieux mythiques de la ville : Barney’s Beanery, un restau plutôt sympa de West Hollywood où Janis Joplin a pris son dernier dîner avant de succomber àune overdose d’héroïne dans la chambre 115 du Landmark Hotel. Un pèlerinage parfaitement adapté àdes jeunes enfants — 10,7 et presque 3 ans quand même —, qui ne connaissaient ni la Californie, ni la drogue, et à peine le rock and roll. Hébétés de sommeil (pour mémoire : 19 h 30 à Los Angeles, 4 h 30 du matin en France), nos trois petits zombies se sont effondrés à peine assis, la tête posée, ou presque, sur leurs hamburgers. Du coup, j’ai oublié de leur signaler la plaque commémorative qui indique qu’àcet endroit précis, Jim Morrison est monté sur le bar et y a uriné.
Alors on se laisse aller à être un peu nostalgique de ces temps d’avant en glissant un quarter de dollar pour entendre les Mamas et les Papas chanter
Le petit déjeuner est inclus dans le prix de notre chambre, ce qui nous donne droit à une assiette composée de : trois pancakes, deux toasts, des œuf brouillés, des haricots noirs, une saucisse et trois tranches de bacon. Par personne. Même si c’est à peu près l’heure de dîner en France, et que nous avons donc de l’appétit, impossible de manger tout ça. Nous voilà bien lestés pour partir explorer L.A., la tentaculaire cité des anges, la ville aux mille échangeurs et aux dizaines d’autoroutes.
Commençons par les classiques, direction Hollywood : « Oh, on voit les grandes lettres, là-haut ! », « Allez, je vous prends en photo, mettez vos mains dans le ciment vous aussi ! », « Regarde, devant le Chinese Theater, Dark Vador qui parle à Dora l’exploratrice ! » … Nous poussons la porte d’un diner pour déjeuner : cheeseburger-frites servi dans une Cadillac en carton, distributeur de serviettes en papier placé sur la table, à côté du ketchup et de la moutarde douce, juke-box qui fonctionne parfaitement. D’où vient cette impression familière, ce plaisir à « retrouver » ce décor ? Aucun de nous n’a connu les années 1950, ni même les années 1960, et sans doute justement pour cette raison précise elles ont l’air chouette vues d’ici ; alors on se laisse aller à être un peu nostalgique de ces temps d’avant en glissant un quarter de dollar pour entendre les Mamas et les Papas chanter «all the leaves are brown, and the sky is gray, I’ve been for a walk, on a winter’s day … California dreamin’, On such a winter’s day…»
Carnet de voyage de Virginie Delache à découvrir dans le Numéro 62
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