
Dans les pas de Marguerite Duras
– EXTRAIT –
Soudain je me vois comme une autre. Le matin au réveil, un sentiment d’appréhension m’accapare. Le décalage horaire peut-être ou l’idée un peu folle d’être partie en Indochine française à la recherche de Marguerite Duras ; je ne sais pas très bien. Il est trois heures du matin en France, neuf heures ici et je sens comme un étourdissement. Je me demande tout à coup si le voyage ne risque pas de m’avaler tout entière car c’est seule que je m’en vais parcourir la moiteur de Saigon. Seule dans un pays qui n’existe plus en espérant trouver quelqu’un qui n’y est pas. Quelle histoire…
Cette année (2014, ndlr), Marguerite Duras aurait eu cent ans. Un bon prétexte pour partir sur ses traces, voyager, parcourir le Vietnam et le Cambodge. Mais je ne pars pas sur ses traces, c’est bien plus fort que ça : je la cherche. Car ma rencontre avec l’auteur a été quelque chose d’extraordinaire, de surprenant et d’inespéré, je n’aurais jamais imaginé un tel choc. J’ouvre le livre régulièrement et au hasard d’une page j’en sors toujours bouleversée. Et toujours je me mets à écrire. Comme ça, rien de plus, je note quelques idées. Lire ses mots c’est un peu entrer en elle, c’est quelque chose d’incroyable et de terriblement solitaire, cela ne peut pas s’expliquer. Je ne pourrai donc jamais parler de ses romans je crois. Je ne saurai peut-être pas l’écrire non plus car il s’agit d’écouter le rythme de ses phrases, la lenteur. Les riens, les obsessions aussi, les non-sens… cela prend du temps.
C’est pourquoi je décide de partir car je dois comprendre ce lien étrange qui me rattache à elle. Je la lis, encore, toujours. Le scénario d’Hiroshima mon amour, L’Amant, L’Amant, India Song. C’est seulement une phrase de L’Amant, un mot, ou un autre.
Carnet de voyage de Marguerite Duras et Françoise Beauguion, dans Numéro 19