Béatrice Mollaret - Bouts du monde
Carnet de voyage - Autriche

Dans l’œil du lynx

Peut-être les six lynx des parcs nationaux de Kalkalpen et de Gesäuse en Autriche ont-ils suivi à la trace les pas de Béatrice Mollaret, voyageuse « éco-déprimée » parties sur les chemins de randonnées autrichiens pour se reconnecter à la nature.

EXTRAIT :

Où commence le monde ? Où se trouvent ses bouts sur une planète ronde ? Tout est question de point de vue évidemment. Pour nous, le centre du monde étant en Europe, ses bouts sont aux antipodes, la Patagonie, la Nouvelle Zélande, l’Alaska, le Kamtchaka. Animée d’une curiosité gargantuesque et bénie par une chance divine, j’ai pu fouler certains de ces bouts du monde et caresser par mes propres yeux leurs atours. J’ai longtemps cru que le dépaysement était proportionnel à la distance parcourue. Plus on partait loin, plus ce serait extraordinaire. Ça me semblait évident.

Aujourd’hui, après avoir beaucoup bourlingué, je n’en suis plus du tout convaincue. Je sais que l’on transporte son univers intérieur n’importe où et que l’on ne voit le monde qu’à travers le filtre de sa propre histoire. Le dépaysement n’est pas une question de distance mais de disponibilité. Mon dernier voyage en a été la révélation parfaite. L’année 2019 a été l’année de ma crise d’angoisse environnementaliste. La forêt amazonienne brûle, les derniers dauphins endémiques du Mexique, les « Vaquita », sont en voie ultime d’extinction, la population d’oiseaux dans le monde entier s’est effondrée, la liste des espèces en voie de disparition est interminable, les pronostics du réchauffement climatique sont cataclysmiques. Je n’arrive plus à envisager de voyager par monts et par vaux en avion comme je l’ai beaucoup fait. Je suis totalement éco-déprimée.

Un jour, en lisant une revue dans un refuge de montagne, je découvre une nouvelle parlant de l’inauguration d’un nouveau chemin de randonnée en Autriche : « Der Luchstrail » – le chemin du lynx. Le titre me séduit instantanément. Un lien sur un website est associé à la fin de l’article ; ni une ni deux, je me jette dessus et cherche à en savoir plus. J’envoie un mail dans l’onglet contact et demande si la chance de voir un lynx est réelle. « La chance de voir un lynx au cours de cette randonnée est proche de zéro, mais le lynx lui vous verra ! » Voici la réponse que m’avait alors donnée Herbert Wögler, le directeur du parc national de Gesäuse en Styrie, lorsque je m’étais adressée à lui afin d’organiser cette excursion. Cependant, si quasi nulle était la chance de voir le sublime félin, grande était celle d’admirer son biotope et l’environnement où il aime vivre.

Carnet de voyage de Béatrice Mollaret à découvrir dans Numéro 44

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