
La route sans retour
EXTRAIT :
Les raisons m’ayant poussé à quitter la Gambie sont exclusivement personnelles. Personne ne m’a incité ni forcé à prendre cette décision. Je ne suis pas parti parce que mon pays était en guerre. Je suis parti pour des raisons économiques. Il faut savoir tout d’abord que l’école n’est pas gratuite dans mon pays. J’ai eu la chance d’être dans une famille qui a pu financer mes années scolaires de l’école maternelle jusqu’au collège. Après ça, j’ai dû travailler pour payer ma scolarité.
Chaque week-end, j’enfourchais mon vélo pour avaler les 6,5 kilomètres qui séparaient Farafenni, la ville où je vivais, de son terminal Bamba Tenda d’où partaient les ferries qui rejoignaient l’autre rive du fleuve Gambie. Là-bas, j’y revendais du matériel et de la nourriture, tout comme mon père le faisait déjà. Mais au bout d’un moment, il m’est apparu trop difficile de continuer à suivre le rythme et j’ai été forcé d’arrêter l’école.
J’avais 17 ans. Je me suis alors adonné exclusivement à mon activité de revente au terminal. L’argent que je gagnais à travers cette activité servait à financer mes besoins et ceux de ma famille, en plus de l’argent que mes parents récoltaient. Car au total nous étions sept, dont cinq enfants. Heureusement, nous étions une petite famille, mon père n’était marié qu’à une seule femme. Mais certaines familles sont composées de dix à douze enfants, si ce n’est plus. Mes gains obtenus étaient cependant très maigres…
Autour de moi, j’entendais les récits rapportés de ces voyageurs partis la tête remplie d’espoirs. Certains un beau jour appelaient leur famille en leur annonçant qu’ils étaient arrivés en Europe. Mais tous n’avaient pas la chance d’avoir une étoile étincelante au-dessus de leur tête et pour beaucoup elle s’était éteinte en cours de route, les laissant pour morts sur le bas-côté
Propos recueillis et traduits de l’anglais par Ophélia Lebrat en 2019. Illustrations effectuées à partir de recherches internet réalisées en collaboration avec le protagoniste de l’histoire.
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