
L’aventure à travers Terre
EXTRAIT :
Partir comme je le ferais n’importe quel matin anodin, ressembler aux autres passagers du train matinal qui nous conduit vers la capitale. Pourtant ce petit sac léger que je porte sur le dos me distingue, j’en connais son contenu par cœur, je l’ai pesé et repesé… Dix kilos consciemment mesurés pour vivre ces trois prochains mois avec ce seul attirail, essentiel de la vie nomade que je me propose d’embrasser avec fougue et reconnaissance. Je n’ai rien à revendiquer, pas de projet écologique, de cause humaniste ni de tracé historique… J’y vais, c’est tout simple, j’y vais !
J’égrène en chuchotant les lieux à traverser, promesses de paysages inconnus, de regards brûlants, de rencontres à venir… Paris, Munich, Budapest, Varna au bord de la mer Noire, Poti sur l’autre rive, Géorgie, Azerbaïdjan, traverser la mer Caspienne depuis Baku jusqu’au Turkménistan, Ouzbékistan, Boukhara, Samarcande, Kirghizistan, le lac Issy Kol, la passe de Torurgart dans les monts Célestes, puis Kashgar en Chine, contourner le désert du Tamaklan par le Sud, et enfin prendre le train pour Lhassa, passer le dernier col vers Katmandou et redescendre en pays connu, ma terre d’adoption, l’Inde plein sud sur la côte du Coromandel jusqu’à mon petit village d’Auroville. (…)
La voie terrestre que j’ai suivie transforme l’approche des cités rêvées. Tandis que j’arrive à Khiva, synonyme il y a deux siècles d’esclavage, de razzia et de khan sanguinaire, je me sens l’âme d’une voyageuse au temps des caravanes. J’ai aussi traversé les déserts, j’ai aussi vu les soleils tourner depuis mon départ et c’est dans un certain dénuement que je bascule soudain dans les fastes de la cité-caravansérail. La Route de la Soie passait ici, et mes yeux endurcis par le grand plat et le grand chaud ne croient pas ce qu’ils voient : des minarets de céramique azur, des remparts de torchis ocre, des medersas, des palais, des mosquées, des soieries, des broderies, des dentelles de briques (…)
Débarrassée de toute idée romantique, l’ambiance d’un caravansérail ne devait pas être éloignée de celle de ma guest-house : des jeunes intrépides arrogants par leur courage, de l’excitation parce qu’on se sent en vie, parce qu’on a repoussé ses limites, beaucoup de tapage pour décrire l’expérience forcément unique… dans un lieu pas trop bien tenu mais à l’ambiance garantie ! Ici l’on vient de tous les chemins : de la Chine, de l’Europe, du Turkménistan, l’on va vers le Tadjikistan, le Kirghizistan ou le Kazakhstan…un vrai carrefour de caravanes modernes.
Carnet de voyage de Marie Demont à découvrir dans Numéro 28
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