Théo Saffroy - les chameliers du Tian Shan - Carnets de voyage
Carnet de voyage - Kirghizistan

Les chameliers du Tian Shan

Le photographe Théo Saffroy a vécu une aventure hors du commun, un voyage au cœur des monts enneigés du Kirghizistan, où la vie pastorale demeure une fierté, entre la nostalgie du kolkhoze et la quête de liberté. Pendant plusieurs semaines, il a partagé le quotidien d’une famille de chameliers du Tian Shan.

– EXTRAIT – 

Mars 2020. Nous partons à la rencontre de Bolotbaike, l’oncle de Kendjebaike, à deux heures de marche dans les montagnes. L’ascension est difficile et la couche de neige est épaisse avant d’arriver au refuge. 

Décembre et janvier sont les mois sont les plus rudes et les températures peuvent atteindre les -40° C. Cependant, cela ne semble pas effrayer Bolotbaike, qui assume seul la garde des quinze chameaux pendant l’hiver impitoyable. Estimé pour son endurance et son adaptation aux conditions extrêmes, le chameau de Bactriane est utilisé comme animal de bât mais également pour sa viande, sa graisse, et surtout son lait. En se nourrissant dans la montagne, la femelle produit du lait riche en protéines, à fort potentiel antimicrobien.

Le lendemain, contemplant le monde depuis son coin isolé, il me demande : « Est-ce que les Français rêvent aussi ? »

La routine de Bolotbek est synchronisée au rythme du jour. Chaque matin, aux premières lueurs de l’aube, il prend soin de son troupeau, veillant au bien-être des chameaux. En fin de journée, juste avant le coucher du soleil, il les rassemble à nouveau pour les nourrir. Pour s’approvisionner en eau, il a creusé un puits rudimentaire au-dessus d’une source d’eau douce, servant à la fois de fontaine et de point d’eau pour sa toilette.

À l’intérieur de son refuge modeste, une petite réserve de viande de cheval et de mouton attend d’être cuisinée en ragoût pour réchauffer les longues soirées d’hiver. L’électricité étant rare, Bolotbaike alimentent ses quelques luminaires grâce à des panneaux solaires. à l’entrée, un miroir, un rasoir et des brosses à dents constituent ses seules possessions matérielles. Il vit avec peu d’effets personnels, sans papiers d’identité, embrassant une existence simple et épurée. Le lendemain, contemplant le monde depuis son coin isolé, il me demande : « Est-ce que les Français rêvent aussi ? »

Bolotbaike chérit profondément cette vie qu’il a choisie. Être seul au milieu de ces majestueuses montagnes lui procure un sentiment indescriptible. Et puis, il y avait ses chameaux, des compagnons loyaux, moins exigeants que les moutons.

Divorcé depuis huit ans, Bolotbaike rêve de partager cette existence unique avec une âme sœur. Mais les rencontres sont rares dans les étendues sauvages du Tian Shan. Un doux rêve qu’il entretient même au cœur de cet univers si éloigné du reste du monde. Malgré tout, il garde espoir, car au Kirghizistan, dire à une dame « Tu as des yeux de chameaux » est l’un des plus beaux compliments que l’on puisse faire.

Carnet de voyage de Théo Saffroy à découvrir dans Bouts du monde 56

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