
Au loin, Saint-Louis-du-Sénégal
Saint-Louis, j’y allais pour croquer avec boulimie ses façades aux balcons ouvragés. Saint-Louis raconte, à qui lui tend bien l’oreille, les histoires des signares, ces femmes mulâtresses qui ont écrit l’histoire de la cité. Saint-Louis, j’y allais à la rencontre de Pierre Loti dans le quartier des spahis où je logeais, Le Roman dans la besace. Pour me rendre sur le quai, j’empruntais chaque jour la rue qui porte son nom, sa maison donne sur le fleuve. Bleue, comme lui. Saint-Louis, j’y allais surtout pour embarquer à bord du magnifique cargo, le Bou El Mogdad, et faire ce que je sais faire, murmurer à l’oreille des marins pour les faire parler. Le beau cargo au charme désuet déroule les anciens comptoirs le long du fleuve, je naviguais alors au bout du Bou.
J’avais pour cible l’Hôtel de la Poste où séjournait Jean Mermoz. Saint-Louis est dans l’ADN de l’Aéropostale. Mais je ne savais pas encore que mon carnet allait prendre de l’altitude. (…)
Comme la mer, le ciel ne change pas. À l’instar des marins depuis qu’ils naviguent, les pilotes composent avec les éléments depuis qu’ils volent. Je retrouve dans ces corporations d’hommes les mêmes valeurs, passion et engagement, humilité et courage, réactivité et solidarité. Je me pique, je me perfuse, je tombe amoureuse de Jean Mermoz quand je vois son visage naître sous mes crayons. Je relis Le Petit Prince, encore. Vol de nuit, Pilote de guerre, Terre des hommes, traînaient sur la table de chevet de Jean-Antoine. En fouinant sur Internet, j’ai retrouvé en parfait état Courrier Sud. Serait-ce le livre de feu mon père ?
Retrouvez la suite du carnet de voyage de Vivi Navarro, ainsi que toutes ses illustrations sur l’aéropostale, dans Numéro 32.
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