
Monde sauvage
EXTRAIT :
Soyons honnête, vu de loin, pour la plupart d’entre nous, le monde est terrifiant et l’inconnu infréquentable. De près, il est vivant, l’Amazonie l’est plus que tout. Pour arpenter la forêt, il faut apprendre à regarder ce qui nous entoure mais toujours de manière différente. Faire un mètre ou deux. Se déplacer de quelques centimètres un peu à droite ou à gauche. S’assoir un instant, et ça change tout. On peut alors regarder véritablement ce qui nous entoure et confronter ses rêves avec le monde. Le bagage se fait alors plus léger. Il s’agit de mettre un peu de poésie dans son sac à dos et au bout de ses crayons.
Etienne « dessine » en marchant. Dans un premier temps, il n’a nul besoin de dessiner pour dessiner. Ses yeux dessinent. Tout ceci est insensé. Dessiner comme il marche. Attraper, lire, saisir les histoires des gens, de la forêt, des animaux. Elles murmurent à ses yeux. C’est ce qui nous a fait partir encore et encore, pour revoir le monde. Pour s’arracher à ces certitudes qui engluent notre esprit, notre corps et qui engourdissent notre regard. Poussé par le vent, le cœur léger, on peut commencer par aller ailleurs pour trouver son chemin, identique à aucun autre. Marcher, et laisser venir les paysages, les gens, au lieu de leur courir après. Voir les courbes des fleuves, les bateaux qui glissent tels les fantômes de nos rêveries. Nos yeux les accompagnent encore. Nous n’avons qu’une certitude, ou presque, l’ailleurs commence au bout de nos pieds, du dessin, au bord de la feuille, à la pointe du stylo. Après le point final. Si celui-ci est déjà le bout du monde, on peut alors commencer à l’imaginer. C’est un royaume ambulant. Quand on pense pouvoir le toucher, il s’évapore, pour réapparaître plus loin, toujours aux limites de l’imaginaire. La poussière de latérite rouge colle aux semelles puis s’envolent, comme des ombres poudrées et facétieuses.
Une nécessité s’est toujours imposée à Etienne. Représenter le monde animal, ces « mal-aimés » au frontière de ce monde que l’on pense sauvage. Tels les serpents, mygales, insectes afin de les guérir de notre ignorance, de ces a priori « détestables » qui ferment le regard, et nous enferme dans une vie de la taille d’un timbre-poste. Etienne les a alors représentés de plus en plus grand. L’immensité est devenue une nécessité. Des géants de papier, magnifiques, fragiles, éphémères. Indomptables à nos yeux. On peut compter les plumes, les écailles, les poils, les traits qui les tissent. A vous de voir s’ils existent. Comme une invitation à vérifier l’usage de nos yeux, et changer notre perception du monde. Pour en découvrir son étrange beauté. L’unir à l’humanité, à la lumière. Pour que leur image devienne éternité. Vivante à jamais.
Carnet de voyage de Etienne et Emilie Druon à découvrir dans la revue Numéro 44
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