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Carnet de voyage - Histoire de voyageur

Le vertige éphémère des escales

La zone de transit des aéroports laisse cette impression étrange de se situer hors de l’espace et hors temps. Pour le voyageur en escale, c’est un désagrément passager ou une parenthèse excitante. Pour François Suchel, pilote de ligne, c’était devenu une routine dont il s’échappait en sortant quelques heures du terminal.

Pilote de ligne est un métier, mais c’est aussi un mode de vie, partagé entre l’avion et l’escale.

Dormir chaque soir dans son lit amputerait la profession d’une grande partie de son charme. Cet entre-deux-vols, vécu en équipage, participe à la légende de l’aviation civile, encombrée par ailleurs d’une multitude de clichés.

Car l’escale qu’on imaginait lorsqu’on a commencé cette existence de vagabond, plein d’illusions et d’entrain, change de visage avec l’expérience.

Bien souvent, l’inconnu exotique se mue en habitude et l’équipage, cette soi-disant « famille » se disloque, au profit d’activités personnelles. Toujours les mêmes, car rien n’est plus casanier qu’un navigant en rotation.

Une fois reposé, il a trois préoccupations majeures, dans cet ordre : acheter, manger, faire du tourisme.

La galerie marchande est pour lui ce que le bâton est au pèlerin sur les chemins de Saint-Jacques. Une prothèse indispensable à sa quête. Quand il daigne quitter l’hôtel et sa piscine, c’est pour dévaliser ses magasins préférés ou en dégoter de nouveaux. Il y a forcément une bonne adresse puisque l’on est à l’autre bout du monde. Moi-même, je me suis glissé dans la peau de l’explorateur en bons tuyaux avec mon extrémité habituelle : j’ai ramené un conteneur de Canton pour construire ma maison. J’ai monté et j’ai descendu des milliers de marches d’escaliers, j’en ai pris des taxis aux quatre coins de la ville.

J’ai négocié comme un Occidental, c’est-à-dire que le Chinois a fait son beurre sur mon dos en prétendant vendre père et mère, mais sans rien lâcher de ses profits. (…)

Lorsqu’il sait où dénicher deux shampoings pour le prix d’un, acheter sa crème de jour préférée, les tongues au drapeau brésilien et les orchidées toutes fraîches du matin, le navigant en escale revient à l’essentiel : l’alimentation.

Le petit-déjeuner est une institution aussi bien sur moyen-courrier que sur long-courrier. (…) Le Novotel de Bamako est connu dans le monde entier pour ses fameuses crêpes Suzette. On fait la queue devant le cuisinier, avant de rôtir à la piscine. (…)

De proche en proche se répand ainsi la réputation d’un restaurant aux caractéristiques suivantes : pas cher, pas mauvais, pas loin de l’hôtel. Au Don Pepe, le Tex Mex de Moscou, des têtes de bœufs pendaient aux murs. Suite à l’intoxication d’un copilote par un chili con carne d’une heure du matin, la notice d’escale a déconseillé d’y manger. À suivre…

© Le carnet de voyage de François Suchel à découvrir dans Bouts du monde n°24

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